Vous avez dit Diatope ?

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Titre

Vous avez dit Diatope ?

Description

Annonce de l'inauguration du Diatope de Iannis Xenakis sur l'esplanade du Centre Beaubourg le 14 juin 1978. Description architecturale et rétrospective des précédents polytopes du compositeur-architecte. Citations de Iannis Xenakis sur sa conception du Diatope comme recherche d'unité de différents langages (volumes et proportions architecturales, masses sonores en mouvement, intensité des sons et des lumières...) suggérant une dimenstion cosmique de la Création.

Source

Centre Iannis Xenakis 2746, fonds Sharon Kanach

Date

1978-06-12

Éditeur

Les Nouvelles Littéraires

Droits

Tous droits réservés.

Relation

Cotté, Jean. Critique musical, “Le Diatope de Xénakis : renversant !,” Centre Iannis Xenakis, http://www.centre-iannis-xenakis.org/items/show/283.
“Un drôle de chapiteau pour le spectacle Xenakis sur l’esplanade Pompidou,” Centre Iannis Xenakis, http://www.centre-iannis-xenakis.org/items/show/284.
“La nouvelle fête du son et de la lumière,” Centre Iannis Xenakis, consulté le 1 août 2014, http://www.centre-iannis-xenakis.org/items/show/285.
Touchard, Olivier. Journaliste, “Vous avez dit Diatope ? ,” Centre Iannis Xenakis, http://www.centre-iannis-xenakis.org/items/show/287.
“Xenakis sans danger,” Centre Iannis Xenakis, http://www.centre-iannis-xenakis.org/items/show/288.

Format

article de presse, 1 p. ; 21x29,7 cm

Langue

Type

text

Date de création

1978-06-12

Titre propre

Vous avez dit Diatope ?

Notes

Sous-titre : "Depuis un an, l'angle sud-ouest de Beaubourg est flanqué d'un étrange chapiteau : il s'appelle "Diatope"."

Retranscription du texte

Vous avez dit Diatope

Depuis un an, l'angle sud-ouest du Centre
Beaubourg est flanqué d'un étrange chapi-
teau : il s'appelle « Diatope »...

Le Diatope est apparu il y a
presque un an déjà, objet non
encore identifié dans le paysage
parisien, élégante voilure rouge
échouée au pied du «monstre» Beaubourg.
La chose en question élance de
larges surfaces luisantes, amples lignes
et mouvements immobiles, d'où jaillit
une superbe proue de pentes soyeuses,
harmonie de masses et de courbes, et
comme deux blessures métalliques
dans cette bulle étirée. Deux ouvertures
discrètes, des «bombages» sur lé
plastique tendu (« Spectateur devenu
agitateur»; « A la rencontre · du
hasard»); il semble bien que ce soit
donc un monument, une composition
architecturale en somme. On nous
informe: « Iannis Xenakis: actions de
lumière et de son. »
Et c'est en parcourant rapidement
l'itinéraire créatif de Xenakis que nous
pourrons discerner plus précisément la
nature véritable du Diatope. Xenakis,
on s'en souvient, c'est l'homme des
Polytopes; avant cela, ce fut une longue
étude avec Le Corbusier, mais en
même temps avec Honegger puis Olivier
Messiaen pour la composition
musicale; en 1958, on lui confie la réalisation
des plans et des maquettes du Pavillon Philips pour l'exposition de
Bruxelles : c'est la composition musicale
qui l'amènera à penser certaines
formes architecturales. Les larges glissandi
de cordes qui ouvrent« Metastasis
» sont devenus des lignes dans l'espace,
des masses portantes et des envolées
de béton; l'espace sonore a donné
naissance à l'espace architectural.
Ayant élargi ces données à l'ensemble
des techniques modernes de création,
Xenakis proposera les Polytopes,
spectacles de lumière et de son, spectacles
itinérants et épisodiques puisqu'il
y en eut plusieurs, en des endroits et
des moments différents (Montréal 67,
Cluny 72 et 73, Persépolis 71).
Le Diatope est à la fois une composition
architecturale, une œuvre musicale,
un spectacle de lumière et de couleurs.
Il n'y a pas de prépondérance de
l'un ou l'autre de ces éléments, tout
juste une organisation des composants
entre eux pour constituer un ensemble
cohérent.

« Dans le Diatope, la relation musique/
architecture est la plus évidente,
précise Xenakis. Les deux créations
sont simultanées; je n'ai pas voulu établir
de hiérarchisation des structures
agençantes, j'ordonne seulement ces
structures, les volumes et les proportions
architecturales, les masses sonores
en mouvement et l'intensité des
sons et des lumières de manière cohérente.
Je ne cherche pas à souligner
certains événements musicaux par des
« signes >J lumineux; au contraire, la
musique, la lumière, l'espace sont
autant de langages particuliers concourant
à la création de l'ensemble, conçu
comme unité.
L'enveloppe est constituée de surfaces
sous tension, juxtaposées sur une
armature métallique'., « Vu de l'exté- ·
rieur, ajoute Xenakis, c'est une coque,
repliée sur l'espace intérieur, le protégeant,
en quelque sorte; c'est quelque
chose de fermé, un auditorium; on y
pénètre par un boyau, sorte de passage
secret, ou matrice qui débouche brusquement
sur la vue d'ensemble de intérieur.
L'espace intérieur, lui, veut
s'ouvrir vers l'extérieur, c'est une bulle,
mais elle éclate; il y a cette déchirure
tout en haut, car les surfaces ne se joignent
pas exactement; il y a donc cette
ouverture, cette bouche, et à l'origine,
j'avais pensé que l'on pourrait, de l'intérieur
du Diatope, émettre des rayons
laser au-dehors,· mais je ne sais si cela
se fera, car il y a des problèmes de
sécurité: le support est mobile, et en
cas de vent, les rayons risquent de tomber
un peu n'importe où. »
Dans le Diatope, plusieurs langages
se combinent ainsi : espace, sons,
laser, nombres, couleurs et hasard, et
plongent l'auditeur-spectateur dans
leurs univers respectifs et interférant ;
les masses sonores vont investir la
masse architecturale, la faire entrer en
vibration; « là-dessus, je dessine un
réseau de coïncidences et/ou d'antinomies
entre les différents langages, et de
l'ensemble naît une ouverture vers ce
que j'aimerais suggérer, c'est-à-dire
une dimension universelle, cosmique
de la Création. »
Ainsi, l'émotion n'est plus dans la
musique, elle se cache au-delà; elle a
une identité, mais reste dans le
domaine de l'indicible; et l'on ne peut
approcher de cette émotion qu'en la
suggérant, pas en l'énonçant.
Peut-on dire alors que le Diatope est
une sorte de prototype de « l'oeuvre-Gestalt
», dont le tout serait plus que la
somme des parties? Une forme d'art
qui serait en fait un voyage mental?
Ou plus simplement une nef spatiale
vrombissante qui se propose de nous
emmener vers cet indicible, ou, selon
l'expression d'Herman Hesse, « à la
recherche d'une unité cachée de l'Univers
et de l'esprit humain» ?

Olivier TOUCHARD

DIATOPE
Geste de lumière
et de son
de lannis Xenakis
Centre Beaubourg
Depuis le 14 juin

Nombre d'exemplaires

Pas d'unité physique, 1 exemplaire numérique uniquement.

Collection

Citer ce document

Touchard, Olivier. Journaliste, “Vous avez dit Diatope ?,” Centre Iannis Xenakis., consulté le 6 février 2023, https://centre-iannis-xenakis.org/items/show/287.

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